Culture
Un lieu, une histoire
Dar Hassan Pacha En attendant la résurrection
Publié le 16 juin 2012
A quelques enjambées du Palais Mustapha Pacha, qui, lui, connaît un nouveau destin avec sa mue en Musée des Enluminures, le petit palais Hassan Pacha, adossé à la mosquée Ketchaoua est encore au stade de la restauration.
Entourée de vilaines tôles, faisant barrage aux regards des curieux, le bout de cour envahi par des herbes folles, s’en remet au renoncement. Dar Hassan Pacha offre le visage d’une grande demeure triste. Une fois le seuil franchi on peut voir que les plafonds du hall ont été rénovés et de belles dentelles de plâtre sont apparentes. Sinon tout est poussière et aucun écho ne résonne dans l’imposant escalier en marbre. Il est midi. Le soleil haut dans cette basse Casbah, envahie par les marchands squatteurs d’espaces et à la recherche de quelques clients, laisse apparaître toutes les blessures et les épreuves subies par la vieille ville. Est-ce que les travaux sont à l’arrêt ? Nous ne le saurons pas. Un homme assis à l’ombre est plongé dans la lecture de son journal. Un deuxième, le regard rêveur derrière des lunettes de vue, la voix sereine s’étonne de notre intrusion. Le troisième au regard fuyant, esquive nos questions sur le plan de rénovation de Dar Hassan Pacha. La voisine de Djamaa Ketchaoua, protégée par les cinq prières et les cinq appels de la journée attend sa résurrection, peut être bien en un lieu culturel qui lui permettra un chemin de vie à la hauteur de son passé. Et si on laissait parler les vieilles pierres de l’antique maison princière… on pourrait entendre dans le silence des lieux, protégés par l’épaisseur des murs, les chuchotements des voix du passé ainsi que le frôlement léger des pas sur les dalles du sol et pourquoi pas en cet instant de sieste, apercevoir ces dames alanguies sur des sofas en velours. Ou bien plongées dans des bavardages à l’image des oiseaux rares de la volière. Et puis traversant la densité des couches de poussières amassées au fil des siècles, voir se faisant des confidences, les princesses de la légende… Khdaouedj aux pupilles bleues, Aziza, Fatma et N’fissa. Traces de souvenirs, impressions de parfum, empreintes de mémoire… Dar Hassan Pacha el Khaznadji, Elle a été construite à l’aurore des premières années de 1790 dans le faste de la Régence Dar Hassan Pacha. Débaptisée à la colonisation en « Palais d’Hiver » elle ne livre pas son secret de rénovation. Encore moins sa splendeur d’antan. Du moins jusqu’à ce que les opérations de reconstitution viennent à prendre fin.
Leïla Nekachtali
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