Dossier

8 mai 1945 La france coloniale massacrait les algériens

Le génocide !

Publié le 7 mai 2012

8 mai 1945 serait-il comme tend à l’accréditer la thèse française, un simple « complot » des partis locaux, les Amis du Manifeste et des Libertés, ou du Parti du peuple algérien, ou tout simplement les prémices d’un mouvement révolutionnaire ? Ces événements, qui se sont soldés par de terribles massacres d’Algériens innocents dont le seul tort est d’avoir cru que la liberté était la même pour tous, aussi bien pour les Européens qui venaient de se défaire, avec leur aide précieuse d’ailleurs, du joug nazi, que des autres, font encore objet de polémiques.

La France officielle a toujours voulu minimiser ce fait marquant de l’histoire puis l’ampleur du génocide. Elle s’empresse de nier aux Algériens la capacité de se soulever, de refuser l’oppression. Pourtant, cette résistance, selon certains acteurs-témoins n’est que la continuité d’autres actions de protestations du genre que les nationalistes algériens engageront dès le 1er mai pour montrer « leur capacité de mobilisation et d’encadrement des travailleurs ». Le 1er mai a été, à ce titre, « une démonstration de force à l’intention des Alliés et des USA, notamment », favorables à l’idée d’indépendance. Il n’y a qu’à voir les premières réactions officielles contradictoires suite aux manifestations qui ont secoué la région de Sétif, Guelma, Kherrata pour s’en convaincre. Après avoir parlé avec une sorte de pudeur « d’événements », puis de « violences », les premiers communiqués, dont celui du 9 mai, émanant du gouvernement général confirment le trouble qui s’est emparé de la France officielle, allant jusqu’à accuser les précurseurs des « éléments pétainistes, de nazis, de hitlériens … ». Pourtant, l’on reconnût que le sous-préfet Achiary, à Guelma, a joué un rôle de premier plan, avec des milices constituées de colons, dans ce massacre.Les historiens, eux-mêmes, ont facilement succombé aux raccourcis pour ne voir de ce soulèvement qu’une « insurrection paysanne » spontanée et qui puise ses référents non pas dans le mouvement nationaliste, mais « dans des réflexes de solidarité tribale » (sic). Ce qui est valable pour l’origine des faits l’est aussi pour leur ampleur puisque les autorités françaises n’admettent pas encore qu’il y ait eu 45.000 victimes parmi les populations algériennes, ce qui serait pour l’histoire et pour l’opinion publique une véritable tragédie. Aujourd’hui, plus de soixante ans après, l’on commence, enfin, officiellement - à l’instar des massacres d’Octobre 1961 à Paris - à jeter un regard beaucoup plus serein sur ces événements, plus particulièrement de la part des responsables politiques français. L’ancien ambassadeur français à Alger, Bernard Bajolet, dans un geste qui l’honore, s’est déplacé, en personne en 2008, sur les lieux du crime à Sétif, puis à Guelma, participant ainsi aux festivités commémoratives. Il a reconnu que ces massacres ont « entaché l’histoire de la France ». Ce n’est qu’un premier pas dans l’aboutissement logique d’une revendication pour la reconnaissance d’un crime, et assumer sa responsabilité, à défaut de repentance, à l’heure où la France s’est cru, tout récemment, de son devoir de défendre la préservation de la mémoire du génocide d’autres peuples.

K. Daghefli


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