Société

Lutte contre la consommation et le trafic de drogue

Traiter plutôt que punir

Publié le 30 juin 2012

Afin de mettre un terme à la propagation de la consommation et du trafic de drogue au sein de notre société, la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’Homme (CNCPPDH) avec la collaboration de l’Union des avocats lancera dès septembre prochain une campagne de sensibilisation contre l’usage de la drogue et ce, dans les établissements scolaires des trois paliers en plus des universités de l’ensemble du pays.

Les motivations de cette campagne pérenne et les attentes ont été dévoilées, hier, à Alger, lors d’une conférence de presse conjointement animée par Maître Farouk Ksentini, président de la CNCPPDH, et Maîtres Fatma Zohra Benbraham et Kaouthar Krikou du Barreau de Constantine. Le phénomène de la drogue demeure pour maître Ksentini « un problème de santé publique. En 2004, le législateur réprime le consommateur et le trafiquant. Une loi appliquée quotidiennement dans les tribunaux, mais le phénomène s’est amplifié au moment où des jeunes se retrouvent en prison pour de longues années ». Pour le président de la Commission, « cette répression s’est avérée insuffisante, donc il faut une prévention et un traitement dans le cadre judiciaire » d’où le lancement dès la prochaine rentrée scolaire d’une campagne de sensibilisation au profit des enfants devenus « parfois à leur insu des relais des trafiquants. Un travail colossal est à faire pour juguler le phénomène d’autant que l’Algérie a, à sa frontière, un producteur de drogue ». Me Ksentini ne va pas de main morte estimant que « nos frères Marocains ne prennent aucune disposition énergique sur le plan politique ». « Il faut engager des discussions entre les deux pays et trouver les solutions adéquates pour mettre un terme à ce danger qui empoisonne nos jeunes et engrange des sommes colossales dans la prise en charge », expliquera Me Ksentini. Il appellera à ce que « les peines prononcées contre les usagers et les trafiquants de drogue soient plus clémentes. Je n’encourage pas ce phénomène, mais il faut trouver d’autres solutions, une juste mesure pour revenir à la normalité et traiter les dossiers au niveau des tribunaux sur la base de preuves rapportées et présentées et non sur des présomptions ». Pour Maître Benbraham, « l’usage des stupéfiants est en voie de détruire nos jeunes filles et nos garçons au point de voir un amoncellement de dossiers liés à ce trafic et l’âge de plus en plus jeune des prévenus ». Pour ce qui est de cette campagne, Me Benbraham avoue qu’elle se base sur l’expérience pilote lancée à Constantine par les avocats exerçant dans cette ville qui « a eu un impact positif. Nous devons mener une lutte sans merci, notamment pour sauver des enfants utilisés pour transporter la drogue. Ils sont devenus des pourvoyeurs, car ils sont naïfs et innocents ». Les résultats de la campagne pilote sont corroborés par l’avocate Krikou de Constantine. Elle affirmera que « les dossiers liés au trafic de drogue s’entassent. La loi 04-18 stipule qu’il faut guérir le consommateur de drogue avant de le punir d’où la nécessité de sensibiliser ». La campagne menée à Constantine dans 8 collèges avec l’appui de la société civile, des comités de quartier et des associations des parents d’élèves a permis de réveiller les consciences puisque des enfants et des parents sont venus au centre intermédiaire d’El Khroub. Le seul centre pour toxicomanes dans la région. Quand une hospitalisation s’impose, le centre de Blida (40 lits) et celui de Chahmi (Oran) viennent à la rescousse. Un comité de suivi de cette campagne sera installé ultérieurement.

Souhila Habib


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