Société
Consommation du pain
Une denrée toujours appréciée
Reportage réalisé par Samira Sidhoum.
Publié le 9 juin 2012
Avec plus de 49 millions de baguettes achetées, par jour, l’Algérie est, aujourd’hui, le premier pays consommateur de pain dans le monde. Ce sont là les statistiques établies par l’Organisation pour l’Alimentation et l’Agriculture (FAO).
Les prix très abordables soutenus par l’Etat et qui sont à la portée de tout un chacun sont, selon la FAO, à l’origine de la consommation excessive du pain par les familles algériennes. La même source vante la qualité du pain algérien, classé quatrième mondialement après le pain français, américain et philippin. D’autre part, et malgré l’attrait du pain traditionnel durant le mois du jeûne surtout, la majeure partie des familles algériennes ont tendance à consommer le pain des boulangeries, qui garnit, quotidiennement avec toutes ses variétés, leurs tables. Les chiffres des institutions algériennes spécialisées, notamment le ministère du Commerce et la Fédération nationale des boulangers, révèlent que les Algériens consomment quelque 49 millions de baguettes par jour achetées auprès de presque 15 000 boulangeries réparties à travers le territoire national.
Il est constaté une hausse sensible de la consommation du pain durant le Ramadhan, avec l’apparition de nouvelles variétés, très attractives pour les consommateurs. Des variétés qui ont tendance à disparaître juste après le carême. Même si la consommation du pain industriel demeure très prisée par le citoyen algérien, aujourd’hui, on enregistre un retour « considérable » du pain traditionnel. Ils sont, en effet, de plus en plus nombreux sur conseil des nutritionnistes ou des médecins, à délaisser peu à peu le pain blanc.
La demande est tellement importante que certains amateurs de ce type de pain l’ont appris à leurs dépens, à l’exemple de Moha G. qui doit dorénavant se lever tôt pour espérer trouver sa ration journalière de pain traditionnel chez son boulanger habituel. Mais Moha ne semble pas connaître toutes les artères de la capitale, vu que plusieurs échoppes sont consacrées à la préparation du pain traditionnel. Pour Rayan, jeune universitaire : « Chez nous, tout le monde travaille, ce n’est donc pas évident pour ma mère ou encore mes sœurs de préparer le pain traditionnel. La consommation de celui-ci est devenue pour moi une habitude. Je vais chaque jour au coin de la rue de mon quartier pour acheter quatre galettes bien chaudes ».
Un autre consommateur ne manque pas de faire remarquer à l’occasion que le pain traditionnel est désormais préparé en une fine pâte. Le boulanger explique : « Le pourcentage de la semoule de blé a certainement diminué pour pouvoir satisfaire la demande grandissante et pour répondre à des normes techniques de préparation de la pâte. » Côté prix, ce même boulanger indique que l’activité est apparemment tellement lucrative que de petites boulangeries se sont spécialisées dans ce créneau.
MANGER TRADITIONNEL
POUR LE NUTRITIONNEL
Les amateurs du pain traditionnel n’hésitent pas à débourser jusqu’à 50 DA la galette ou 35 DA le pain d’orge. Lorsqu’il est question de santé, le prix compte peu et cette nouvelle « tendance » gagne du terrain et dont la matière première est subventionnée par l’Etat. Les marchés, les gares, les échoppes, le quartier, … sont des chasses gardées. Il s’agit de la récupération du pain qui intéresse beaucoup de citoyens. On citera, entre autres, le cas de khalti Zohra et ses deux fils Ramzi et Amine, deux collégiens. Pour ces personnes, récupérer le pain est un droit et par conséquent, les personnes sollicitées sont obligées de les satisfaire. Si bien que, lorsque vous n’êtes pas en mesure de répondre à leur sollicitation, ils insistent parfois en larmes.
Le phénomène s’est amplifié ces temps-ci, dont les causes sont culturelles, religieuses et économiques. Si khalti Zohra insiste sur la culture et la religion dans son propos, c’est parce qu’elle sait que beaucoup de personnes qui encouragent cette pratique, le font sous le couvert de la culture et de la religion. Dans notre pays, l’altruisme naturel a pris un caractère culturel.
Ainsi, partager avec autrui est beaucoup plus obligatoire que volontaire. Et donc, malgré l’expansion technologique et des amendements faits dans divers domaines, des citoyens ont créé une nouvelle industrie de pain qui, selon certains témoignages, ne rapportent pas beaucoup.
A titre illustratif, la récupération d’un sac contenant plus de dix baguettes de pain est cédée à 100 DA. Ce même genre d’activité continue d’être pratiqué avec acuité et nonobstant ses conséquences. Des enfants continuent d’être exploités. Parce que leur survie en dépend. Dans ces conditions, malgré le fait qu’elle soit une pratique nouvelle, la récupération du pain continue d’être encouragée
par la société.
S. S.
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