Commentaire : Ce patrimoine appelé à s’épuiser
Pouvons-nous constamment nous accommoder de la psychose dans laquelle nous fait vivre le spectre du tarissement des énergies fossiles, unique ou presque source de richesse pour le pays ? Il est clair que l’effet qu’aura sur nous l’annonce de telles perspectives pourrait être comparé à celui qu’éprouverait toute personne sous les pieds de laquelle le sol se dérobe pour laisser la place à ce qui reste à l’Algérien quand on lui a retiré ce qui le fait vivre depuis des décennies, à savoir rien. Dans vingt-cinq ans ou plus il n’y aura plus de pétrole, dans 7 ans on ne pourra plus vivre de notre gaz naturel, etc. Voilà le genre d’informations qui fait frissonner nos concitoyens, comme si cette Algérie se résumait corps et âme à cette masse d’énergie fossile que recèle son sous-sol. Il est vrai que la gestion telle qu’elle a prévalu durant les années de socialisme a façonné un mode d’être économique qui a fait de l’assistanat une condition d’être naturelle et de la rente pétrolière le moyen d’une gestion économique directe de la part de l’Etat providence. Mais il est tout aussi vrai que le passage d’un système dirigiste à une économie ouverte a inauguré une nouvelle manière de voir et imposé de nouvelles façons de faire et d’agir. Il est bien compris, et cela est la motivation principale de tout ce qui est entrepris en matière économique en Algérie ces dernières années, que notre pays ne saurait indéfiniment reposer sur la rente pétrolière, la création de richesses nouvelles étant un défi pour le présent et un pari pour l’avenir à l’horizon duquel cette question n’est plus seulement le pendant à des enjeux d’ordre économique et sociétal, mais également à des enjeux de survie. L’Algérie peut être sans le gaz et le pétrole, mais elle ne saurait être sans substituer à ces moyens souverains de subside, des richesses nouvelles qui, pour ce qu’elles doivent permettre de faire, doivent être pérennes, mêmes si elles ne pourront pas être, de toutes les façons, aussi rentables que la rente énergétique. La culture est une richesse et peut être valorisée économiquement, de même que le savoir et le savoir-faire humains, et tant d’autres domaines d’activités où la détermination permet de faire des prouesses, où l’émulation et la saine concurrence font se surpasser les hommes. La richesse d’un pays au sens des ressources qu’il recèle est comparable à la richesse fiduciaire ou patrimoniale; elle est un héritage dont le bénéficiaire doit comprendre qu’il n’est pas éternel et comprendre, à chaque instant, qu’il doit le préserver d’abord, le faire fructifier ensuite, et surtout ne pas en dépendre absolument en apprenant un métier, un art, un savoir-faire, car un héritage, aussi longtemps qu’on peut le préserver ou le viabiliser, peut s’épuiser, et ne demeurent alors que les attributs intrinsèques de l’humain. Tant mieux si ce patrimoine a permis de financer et de nourrir une force qui lui survivra. Ainsi est le pétrole pour l’Algérie.
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