Focus : Le peintre plus riche que le peintre
A 25 ans, le gars a tout compris. Tout saisi. Tout mesuré. Gagner sa croûte en agitant son pinceau ou en appliquant un savant crayon sur une toile ? Sans rire, qui avalerait une telle couleuvre ? Et Dieu sait qu’il est gros le reptile ! On le sait depuis que le monde est monde, et ce n’est pas là, le propre de l’Algérie : si la formidable–mais amère surtout- expérience a déjà mis sur le gril bon nombre d’artistes, tout aussi géniaux les uns les autres, que dire de ces jeunes loups qui écument notre paysage plastique, mus par le plus stimulant des sentiments humains qu’est l’ambition, fut-elle la plus niaise ? Le jeune plasticien Mehdi Djelil, brillant «bozariste», n’en fait, lui, pas un pataquès. Sa réponse est cinglante, froide comme un Soviet : Niet ! Dans un pays qui a vu naître des maitres de la peinture, des génies du nom d’Issiakhem, Khadda, Racim ou encore Dinet ou Temmam. Dans cette Algérie qui a porté très haut le talent de célèbres peintres, pour ne citer que De La Croix, Fromentin, voire même le monumental Picasso, il est tout de même paradoxal, pour ne pas dire, inadmissible que l’art plastique soit réduit une peau de chagrin, pas même bonne à servir de toile. On a beau croire les beaux discours serinés ici et là par ceux là même par qui le marasme s’est installé. Des promesses qui ne convainquent pas, y compris le plus buvard des ivrognes. Ni la mythique Ecole des Beaux Arts d’Alger, stérilement coincée entre deux tutelles, ni l’école tout court, que dire alors des institutions chargées soi-disant de promouvoir les arts plastiques, nul n’est en mesure de redonner des couleurs à cette grisaille qui a fini par ternir toute l’aire culturelle du pays. Tant la volonté, et non les moyens ou le savoir-faire, y fait défaut. Tant l’agitation actuelle, n’est que pure folklorisme et piètre simulacre, dont l’unique but est de dire- à qui ?- que les arts plastiques sont bel et bien présents sur scène. Que des grands peintres prennent la poudre d’escampette, allant embellir leurs tableaux sous des cieux plus rayonnants et de très loin plus rentables. Que des talents en herbe, la mort dans l’âme, désertent en masse un monde qui s’enlaidit, jamais les arts plastiques ne retrouveront cette place de choix qui n’ont d’ailleurs- il ne faut pas se voiler la face- jamais occupée. Enfin, n’est-il pas connu que le peintre artisan est, de loin, mieux rémunéré qu’un peintre artiste ? Que c’est triste !
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