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Humeur : Tristesse à l’horizon

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L’homme  n’a pas fini de s’acquitter de ses dettes au progrès technique. Elles prennent même  l’allure de rançons. Les innovations rendent, certes, de plus en plus facile notre vie mais elles  emportent des habitudes, des personnages qu’on regrettera. Tiens, le facteur n’est plus ce qu’il était. Cet homme qui faisait partie du paysage des quartiers et villages se voit de moins en moins. Sa sacoche d’homme pressé qui ne prend plus la peine d’écouter, de conseiller et taquiner par là ne contient presque plus que des lettres administratives.
Qui songe encore à l’inviter prendre un café ?  Son apparition n’est presque guettée que par des vieux retraités. Il ne fait plus rêver à l’image du Boustadji, ce facteur de la campagne égyptienne complice des amours clandestins de deux adolescents. Ceux qui ont vu le film de Kamel Hussein ne l’ont pas oublié. C’est avec la disparition programmée de ce métier si proche des gens, une tristesse de plus qui s’annonce à l’horizon. Il n’y aura plus cette impatience de l’amoureux transi qui ouvrira doigts fébriles et tremblotants une enveloppe. Son esprit ne s’embrasera plus à la vue de la couleur du papier ou des taches où il croira déceler des larmes de la dulcinée. Rares seront les mères qui quêteront la lettre du fils parti au loin, à l’armée ou à Paris. Désormais, les nouvelles, heureuses ou malheureuses, ne transitent plus par la poste. Après le téléphone, le télex, le fax, l’e-mail assène le coup de grâce au facteur. On préfère désormais se caler devant un écran d’ordinateur, confier ses joies et ses peines.  Les flash-disc remplaceront de plus en plus les lettres qu’on gardait même froissées comme des reliques de valeur.  
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