Restriction de la nationalité en France : Une entorse à l’égalité entre les citoyens
La Licra estime que « cette nouvelle mesure instaure, par la voix de l’Etat, une citoyenneté de seconde zone».
De nouvelles mesures de restriction de la nationalité ont été annoncées par le président français, Nicolas Sarkozy. Dans son discours, tenu vendredi à Grenoble, théâtre récent d’émeutes urbaines avec des tirs à balles réelles visant la police, il a demandé que la nationalité française puisse « être retirée à toute personne d’origine étrangère qui aurait volontairement porté atteinte » à la vie d’un policier, d’un gendarme, ou de tout autre « dépositaire de l’autorité publique ».Ces dispositions pourraient être présentées au parlement fin septembre, a-t-on indiqué samedi au ministère de l’Immigration. Elles ont suscité un tollé parmi les associations de défense des droits de l’Homme, alors que des experts s’interrogent sur leur pertinence juridique ou leur portée sociale. Ainsi, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap) lui reproche de vouloir « mettre un peu plus à mal le principe fondamental d’égalité entre les citoyens » en s’alignant « sur les thèses du Front national au risque de les légitimer». La Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (Licra) estime quant à elle que « cette nouvelle mesure jette cette fois l’opprobre sur les personnes d’origine étrangère et instaure, par la voix de l’Etat, une citoyenneté de seconde zone».
Le président d’honneur, Michel Tubiana, de la Ligue des droits de l’homme a dénoncé « l’assimilation des étrangers et des personnes d’origine étrangère à la délinquance, à ceux qui mangent le pain des Français ». Une « ère du soupçon à l’égard des Français d’origine étrangère» ? Pour l’historien Patrick Weil, auteur de «Qu’est-ce qu’un Français ?», le doute n’est pas permis.
«On ne peut s’empêcher de remarquer que le choix de distinguer les Français d’origine étrangère de leurs compatriotes d’origine non étrangère, d’opposer immigration et identité nationale par la création d’un ministère portant ce nom est une marque de fabrique de la présidence de M. Sarkozy qui participe de l’ère du soupçon à l’égard des Français d’origine étrangère», a-t-il déclaré à l’AFP.
Ironie du sort : Nicolas Sarkozy est lui-même le fils d’un Hongrois devenu Français par naturalisation, après avoir été déchu de sa nationalité et être devenu apatride.
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