REPORTAGE

Accueil

BENI ABBES ET TAGHIT

Ou la beauté magique des oasis

 

BENI ABBES ET TAGHIT

Ou la beauté magique des oasis

Taghit et Beni Abbès. Deux lieux qui offrent aux visiteurs des souvenirs inoubliables. En ce mois d’avril, il fait bon vivre à l’ombre des palmiers. Dans ces deux oasis paisibles, loin du vacarme des grandes villes, tout s’y prête pour se sentir vivre et se revigorer. Ici, il y a de quoi charmer le visiteur et l’inviter à la détente. La beauté magique, que nulle main d’artiste, aussi habile soit-elle, ne saurait dessiner, révèle un véritable paradis terrestre.

Il est minuit à l’aéroport «Boudghane-Benali-Lotfi». Nous prenons la route à destination de l’hôtel «Taghit» à 90 km, que nous atteignons aux environs de 1 heure du matin.
Mais dans le sud, il n’est jamais tard. Et si d’aucuns craignent de ne pas pouvoir se réveiller tôt le lendemain qu’ils en soient rassurés : ici ce n’est pas comme le nord, deux heures de sommeil suffisent pour se reposer et se réveiller en bonne forme. L’hôtel, 3 étoiles, est charmant. Une architecture typiquement sudiste et décorée avec des objets d’artisanat local. A quelques mètres de là, une colline rocheuse à l’escalade facile. Le sommet puis la magie opèrent.

TAGHIT LA SOMPTUEUSE

Une belle oasis s’offre, en effet, au regard. Des moments que chacun aimerait voir s’éterniser tant le panorama est magnifique. Et comme il est impossible d’atteindre l’éternité il faut alors se résigner à prendre des photos pour immortaliser ce voyage et se remémorer cet endroit.
Mais, nous ne tarderons pas à rejoindre l’oasis, toujours à pied, pour se prélasser et déjeuner. Là, nous eûmes droit à un couscous succulent que tout le monde apprécia. Après un repos réparateur dans l’oasis «Balmes», à l’ombre d’une palmeraie touffue agrémentée d’arbres fruitiers : figuier, grenadier, abricotier et mûrier, nous continuons notre randonnée pédestre jusqu’au vieux ksar datant de 600 ans et qui compte 120 maisons inoccupées.
Les habitants se sont établis dans le nouveau village construit avec des matériaux modernes. Merouane, un jeune algérois venu pour passer quelques jours, il y’a trois ans, a fini par s’y établir. «Il a atterri ici par passion», fait remarquer son copain. Maintenant, il fait fonction de guide pour les touristes nationaux et étrangers.
Il fait visiter le ksar en faisant savoir que la tribu des Zenata est la première population à s’être installée dans la région de Taghit à la faveur de l’abondance de l’eau et de la fertilité des terres.
Devenu maintenant site touristique, des jeunes essayent de réanimer le ksar en ouvrant des petits cafés, tandis que Merouane a pris le soin d’aménager des chambres en guise de petit hôtel pour l’hébergement des touristes de passage à Taghit. Le ksar est un véritable dédale sombre et mystérieux fait de ruelles dénommées “Zguag” et d’impasses appelées “zriba”.
Le système de circulation à l’intérieur du Ksar est formé par l’enchevêtrement de passages étroits et sinueux. Tandis que l’intérieur des maisons est conçu avec une ouverture au plafond qu’on appelle «ain dar» qui permet de laisser entrer l’air frais. En hiver, il fait très froid. «La place Djemaa était utilisée pour régler les problèmes et les conflits de la communauté», dit Merouane, montrant une autre placette «pour femmes qui servait à la préparation des mariages», ajoute-t-il.
Au crépuscule, nous montons la grande dune de sable de 300 mètres pour contempler le coucher du soleil. Une escalade épuisante pour les non habitués à l’effort physique. Une halte régulière s’avère nécessaire pour eux. Non loin, un groupe de jeunes amateurs de la chanson targuie, fredonne un morceau à l’aide d’instruments comme la guitare. Le lendemain ce sera une nouvelle découverte.

EN ROUTE VERS BENI ABBÈS
C’est avec un pincement au cœur que nous quittons Taghit pour rejoindre Beni Abbès, à 175 kilomètres. L’oasis a de quoi envoûter le visiteur dès les premiers abords. Mais avant d’y arriver, un paysage majestueux s’offre au regard durant tout le trajet. Le relief multiforme de la région vous plonge dans un dépaysement qui invite à la détente. La terre vierge parsemée de sable fin, et ponctuée parfois de végétation sauvage s’étend à perte de vue. La route est complètement déserte.
Des chameaux agrémentent le décor féerique et redonnent vie à une nature inerte. Nous sommes à « El Ouata Kerzaz », il ne reste que 15 km pour atteindre Beni Abbès. Des pylônes visibles au loin démontrent que l’électrification a atteint les régions les plus reculées du territoire national. La région ne cesse de séduire. Nous entamons une descente qui finit au niveau du grand pont de Beni Abbes sous lequel coule l’oued.
L’oasis apparait avec sa magnifique palmeraie, ses habitations modernes, sa nouvelle mosquée en état de construction et son vieux ksar.
Le musée avec ses superbes fossiles des différentes ères géologiques (primaire, secondaire), sa faune et sa flore datant de la préhistoire est une plongée dans le passé lointain du patrimoine historique de la région de Béchar.
Sous tutelle de la faculté de biologie de Bab Ezzouar, le musée n’a bénéficié d’aucun budget pour son entretien, selon son directeur, Laid Hassani, hormis 500 millions de centimes émanant de la wilaya qui ont servi à refaire la peinture, le carrelage et les vitrines. Les dernières recherches remontent à 1987, selon le premier responsable du musée. Les marques d’abandon du musée sont visibles. Seule la tortue géante, centenaire, raconte-t-on, a apparemment survécu aux aléas de l’homme et de la nature.
Le vieux ksar, un havre de paix

Le vieux ksar de Beni Abbès a été construit au 16ème siècle, après la découverte d’une source naturelle au 10ème siècle et qui coule abondamment, jusqu’à présent. Des canaux en système alterné servent à l’alimentation de la population en eau potable et à l’irrigation des jardins où l’on cultive plusieurs variétés de fruits et légumes. Près de 300 familles s’étaient alors établies dans ce ksar sur une superficie globale de 1500 m2. Elles l’ont quitté en 1957 après leur expulsion par la France coloniale, selon Bennana Abdelkader, guide touristique. La population est d’origine nomade. Les premières tribus à avoir occupé les lieux sont les «Chaâmba, et Ababsa» alors que Sidi M’hamed Benabdeslam d’origine marocaine était le fondateur de la mosquée et dont le corps y repose. Cette maison d’Allah tapissée de sable fin qu’on renouvelle régulièrement, d’après le guide, sert toujours de lieu de culte pour les agriculteurs qui travaillent dans les jardins luxuriants. On y développe une culture familiale pour assurer l’autosuffisance alimentaire. D’après Kada Sahli, surnommé, à jute titre, le PDG du désert, il y’a 12 000 palmiers et 10 à 15 variétés de dattes dans la région de Beni Abbès, et environ une centaine dans la région de Bechar. Avec de tels atouts, les touristes étrangers sont de plus en plus nombreux depuis 2003. «Leur nombre augmente d’année en année. Ce sont beaucoup plus les Européens qui viennent ici : des Français, des Italiens et des Espagnols notamment», indique Kada Sahli.
Le printemps et la fin de l’année sont les temps de prédilection. Aussi, le festival «nuits de la Saoura» qu’on organise chaque année est une autre occasion propice pour les étrangers qui viennent particulièrement de France et du Burkina Faso pour cette 4ème édition qui s’est tenue du 14 au 17 avril. La manifestation se déroule en plein air et tous les habitants sont conviés gracieusement à la fête.

UN DÎNER SOUS LA KHEIMA
La soirée passée sous la kheima dressée, à l’occasion sur le sable fin à Taghit aura été une autre découverte du mode de vie des nomades. Des moments qui plongent dans une autre ère qui convie au ressourcement. La générosité et l’affabilité des gens du sud fait le reste. Le poulet rôti sous le sable est un véritable délice de même que la h’rira bien épicée et préparée à base de blé vert concassé. La galette cuite également sous le sable à la manière des nomades a été un régal. Un groupe de jeunes amateurs de chansonnettes a animé la soirée qui s’est étalée jusqu’à une heure tardive. Alors que Warda s’apprêtait à rejoindre sa chambre d’hôtel, Yasmine ne voulait pas rater la soirée parce qu’elle sait que pareille circonstance ne se répète pas tous les jours. «J’ai toute la mort pour dormir», fait-elle remarquer. Deux jeunes françaises ont veillé jusqu’à une heure tardive. L’une d’elles a dansé sous le rythme de la chanson arabe. Rencontrée le lendemain à l’aéroport, Marie a indiqué que c’est pour la première fois qu’elle vient en Algérie. «Ma copine m’a beaucoup vanté la beauté de Taghit», dit-elle, avec l’espoir d’y retourner une autre fois.

De notre envoyée spéciale Djamila C.

Haut